Scharwz: “9 novembre 1989 : La chute du mur de Berlin…j’y étais!”

Interview réalisée à Thomas Erich Scharwz, né le 26 décembre 1973 à Munich

Escrit per Eric Scharwz

Pouvez-vous nous décrire votre enfance ?

Je vivais à Munich avec mes parents, ma sœur et mon frère. Ma famille était très conservatrice. Les règles à la maison étaient très strictes. De nos jours, dans la société actuelle, ces règles seraient impensables à suivre. Chez nous, on parlait allemand.

Quand j’avais 11 ans, on est parti vivre en Suisse.

J’ai vécu aussi à Berlin-Ouest où on vivait assez bien. Il y avait une bonne croissance économique, les gens consommaient des produits très variés et les transports en commun étaient subventionnés en partie par le gouvernement… Mais, les temps allaient changer quand la situation économique se dégradait peu à peu… De plus, nous étions surveillés de près et il y avait de moins en moins de produits considérés comme non-essentiels.

Comment, êtes-vous arrivé à Berlin ?

J’étais en train de finir mes études de ce qu’on appelle maintenant Batxillerat, je vivais du côté RDA (république démocratique allemande).

Avez-vous connu ou visité la RDA ?  Si oui, où êtes-vous allé ?

Oui, j’ai eu l’occasion d’y aller. Je suis entré avec un permis d’étudiant, il n’était possible d’entrer et de sortir de l’URSS qu’avec un permis du gouvernement. On était allés visiter une usine de produits alimentaires en conserve (j’ai fait des études de cuisine) à Prenzlauer.

Qu’est-ce que vous a frappé le plus de cette visite ?

Quand je suis allé du côté de l’URSS, je me rappelle d’une petite maison avec une barrière qui se levait, on pouvait y voir beaucoup de militaires et parfois des tanks. C’était un endroit très triste, très mélancolique, il n’y avait que 2 couleurs : le gris et le noir et quelques fois du blanc (maisons, voitures, locaux publics). Il n’y avait pas de restaurants, ni de vêtements, on achetait toute la nourriture au même endroit.

Comment était la “vie économique” en RDA ? 

En RDA, je ne sentais pas une grande différence au niveau des prix des produits bien que dans les commerces, il n’y avait pas beaucoup de choix. Mais, on pouvait trouver tout ce dont on avait besoin. Parfois, les produits arrivaient en retard, comme les fruits secs qui étaient un produit rare. La vie n’était pas chère. Par exemple, quand j’étais étudiant, j’arrivais bien à la fin du mois avec 1.369,081 marks allemands (équivalents à 700 euros actuels). 

Quel était le rôle de l’État à cette époque ?

Les services publics en RDA n’étaient pas très bons, pratiquement tout était financé par l’État, comme les écoles, les hôpitaux il y avait peu d’hôpitaux et ils ressemblaient à des prisons ou à des centres psychiatriques … Les files d’attente étaient très longues. En RDA, pratiquement, tout était contrôlé par l’État, l’idée était que toute la richesse créée était distribuée entre tous les individus de manière égale. 

Avez-vous assisté à la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 ? Quel âge aviez-vous ?

Trois mois avant la chute du mur, j’avais fini mes études et je devais entrer à l’Université pour faire des études de Droit… Et un jour, à la radio, j’ai entendu que le groupe de musique Pink Floyd avait dit que si le mur de Berlin était détruit, ils feraient un concert gratuit pour tous les Berlinois. C’est pourquoi, avec 3 amis, ce jour-là, le 9 novembre 1989, on s’est tous retrouvés là-bas. On a pu participer à la chute. En fait, je ne comprenais pas très bien ce qui allait se passer après… Mais moi, je savais qu’une révolution allait commencer… 150.000 personnes étaient là pour écouter Pink Floyd.

À partir du 9 novembre, une nouvelle vie commence dans la région. Quels souvenirs avez-vous de cette transformation à Berlin ?

J’ai un souvenir gravé dans ma mémoire à vie. La nuit du 9 novembre 1989, tout le monde avait fêté la chute du mur, il y avait des milliers de personnes en train de chanter, de danser. Tout le monde chantait Der Kommissar de Falco. On marchait en groupe pour détruire les publicités communistes, les gens sautaient de joie… C’était très émouvant de voir les retrouvailles entre les familles des deux côtés qui pouvaient s’embrasser. Cette fête a duré 2 jours…. J’ai beaucoup d’images enregistrées dans ma mémoire, je pourrais écrire de longs textes sur cette fête. 

Peu à peu, Berlin retrouvait la paix et l’ordre… Les deux Allemagne s’unissaient. Le 21 novembre 1989, nous avons enfin rencontré toute notre famille, c’était un jour que je garde dans ma mémoire à vie. Le plan Marshall serait adopté peu à peu dans toute l’Allemagne pour la reconstruction., les produits de toute sorte arrivaient, dans les rues on pouvait voir des entreprises en construction, le pays renaissait, les investissent reprenaient…

Les changements économiques se sont-ils traduits par des changements sociaux ?

Après la chute du mur, le pouvoir d’achat a commencé à augmenter, on voyait de plus en plus de voitures plus chères, de nouvelles constructions poussaient partout. En effet, on assistait à un changement social et économique. Le modèle économique changeait, on avait plus de liberté, mais les loyers augmentaient de prix, les services publics étaient moins subventionnés.

33 ans après la chute du mur de Berlin, que pensez-vous de l’évolution observée ?

Je suis très heureux d’être né en Allemagne. Les changements vécus ont été incroyables. L’Allemagne a beaucoup évolué au niveau de l’éducation, de la politesse et du respect. Cependant, certaines zones occupées par l´URSS, n’ont pas profité du développement économique après les années 90. Nous pouvons observer encore des immeubles et ruelles « soviétiques », assez tristes et sombres. Les prix des biens par contre se sont unifiés entre les deux Allemagne.