La destruction créatrice, grand moteur de la croissance économique actuelle?

Ill. Niklas Elmehed © Nobel Prize Outreach

Le 13 octobre 2025 a eu lieu le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel (prix Nobel de l’économie).
Le prix Nobel est la plus grande récompense internationale donnée aux personnes qui ont fait une découverte importante ou une grande contribution dans les domaines de la physique, de la chimie, de la médecine, de la littérature et de l’économie. Le prix de chaque catégorie est de 934 000 € à partager entre les gagnants.

Le prix Nobel d’économie de cette année a été attribué à Joël Mokyr, économiste et historien économique israélo-américain, à Philippe Aghion, économiste français, et à Peter Howitt, économiste canadien. Cette distinction intervient à un moment où les défis économiques mondiaux tels que les inégalités sociales et territoriales ou les politiques monétaires complexes sont en train de déstabiliser la planète. 

Alors que de nombreuses économies avancées connaissent un ralentissement de la productivité (par exemple, dans les pays de l’OCDE, la croissance de la productivité du travail n’était en moyenne que de 0,4 % en 2024), les inégalités économiques augmentent et la classe moyenne tend à se fragiliser. Leurs travaux se centrent sur une constatation évidente pour eux: le progrès ne vient pas de la stabilité, mais du fait de changer et d’oser innover.

Ces trois économistes ont étudié comment l’innovation peut relancer une économie. D’une part, Mokyr a montré que les grandes révolutions économiques, de la Renaissance à la Révolution industrielle, n’ont été possibles que si la société combinait créativité, savoirs pratiques et comptait sur des institutions ouvertes aux nouvelles idées. Autrement dit, la technologie seule ne suffit pas; elle a besoin d’un environnement favorable pour être mise en place.

D’autre part, Aghion et Howitt ont travaillé sur la théorie de la destruction créatrice. Ce concept économique, déjà introduit en 1942 par Joseph Schumpeter, décrit le processus d’innovation où de nouvelles technologies et entreprises remplacent les anciennes, créant un renouvellement constant de l’économie essentiel pour une croissance durable. L’arrivée du charbon, de l’électricité, du pétrole, d’Internet ou de l’IA…sont des exemples d’innovation qui ont contribué au progrès économique et social des sociétés. Le fait de freiner la concurrence, protéger coûte que coûte les entreprises traditionnelles ou freiner le changement empêche l’économie de progresser. C’est, par exemple, le cas du Japon au début des années 1990, qui a connu une longue période de stagnation économique causée par le fait de soutenir massivement les entreprises traditionnelles, plutôt que d’ouvrir l’économie vers des secteurs plus innovants. 

Actuellement, avec l’intelligence artificielle, la transition énergétique et les tensions politiques  dans le monde, ces idées sont encore plus importantes. Selon ​ Aghion: «Le facteur-clé de la puissance économique, c’est le leadership technologique.» En s’inspirant des travaux de ces économistes, les gouvernements et les entreprises du monde entier doivent comprendre que la croissance du XXIᵉ siècle dépend de notre capacité à innover et à accepter le changement.

Les travaux du prix Nobel 2025 peuvent être considérés comme un message pour l’avenir: en intégrant les idées de Mokyr, Aghion et Howitt, nous comprenons que pour construire un futur plus prospère, il faut parfois “laisser partir le passé” et regarder toujours en avant.